Moi, je veux courir c'est tout!» La jeune Alice (Justine Jouxtel) a perdu une jambe dans un accident de voiture qui a tué son père. Celle qui reste, titre du téléfilm écrit et réalisé par Virginie Sauveur, c'est la jambe droite qui lui permettra peut-être de vivre sa passion. Jeanne, sa mère (Julie Depardieu), qui n'a pas les moyens d'envoyer sa fille en colonie de vacances, préfère qu'elle «s'occupe» dans la ferme familiale. Virginie Sauveur signe un hymne à la vie audacieux, émouvant et poétique qui a le mérite d'être dénué de tout pathos.
«Je ne voulais pas particulièrement raconter un handicap physique, mais montrer une enfant qui allait devoir surmonter une difficulté», explique d'emblée Virginie Sauveur, l'auteur de Quelques jours entre nous, une première fiction multi-récompensée sur Arte déjà produite par David Kodsi. «J'ai vu une fois Dominique André, un athlète amputé d'une jambe, aux Jeux olympiques de Séoul. J'avais été frappée et presque admirative, pas à cause de l'exploit réalisé malgré son handicap, mais en raison de son côté superhéros. Chez Alice, il y a cette idée de la quête du Graal. Je raconte un parcours initiatique, mais de façon réaliste.»
La jeune fille rencontre le petit Vincent (adorable Arthur Vaughan-Whitehead), lui aussi privé de vacances parce qu'il est asthmatique. Un lien se noue entre les deux «exclus». Un entraîneur (parfait Julien Boisselier) qui fut le meilleur ami de son père décide de croire en Alice. «J'avais envie d'installer le personnage dans ce handicap puis, après, d'aborder les problèmes de l'adolescence et ceux d'un affrontement dans lequel tous les adultes peuvent se retrouver. Nous avons tous nos handicaps...», confie Virginie Sauveur qui ne tarit pas d'éloges sur la distribution.
D'abord Justine Jouxtel qui campe avec brio une Alice blessée et pourtant volontaire. Elle était seulement âgée de 13 ans lors du tournage, il y a un an. «Elle est extraordinaire, complimente à juste titre la réalisatrice. Elle a les défauts de l'adolescence et, en même temps, la grâce et la fraîcheur de cette période. Elle était très juste et a apporté au film une dimension à laquelle je n'avais pas pensé.» Dans certaines séquences, Justine est doublée par une vraie championne : Marie-Amélie qui, coïncidence incroyable, a eu un accident de scooter trois mois avant le premier jour de tournage.
«Nous avons commencé par faire un casting d'enfants amputés. Il y en a peu en France : seulement une douzaine environ», précise Virginie Sauveur. «Je me suis renseignée auprès de la Fédération française handisport et on a aussi fait un casting de vrais athlètes amputés, dont Marie-Amélie, et enfin d'actrices. J'ai également utilisé des effets spéciaux pour supprimer la jambe de Justine. Souvent, les enfants veulent être stars avant de travailler. Ils prennent les choses à l'envers. Elle, elle a accompli un vrai travail, son caractère n'est pas du tout celui d'Alice, elle est capable de porter d'autres rôles. Les acteurs, c'est un cadeau énorme pour nous.»
Virginie Sauveur éprouve une grande gratitude envers Julie Depardieu qui «a accepté de camper une mère casse-pieds, étouffante et n'a pas eu peur d'endosser un vieux pantalon ou de porter des bottes». A l'avance, elle se réjouit de choisir de nouveaux comédiens pour le long-métrage sur lequel elle planche actuellement. «J'ai me la télévision, mais vingt-deux jours pour réaliser une fiction, c'est court et c'est une grande responsabilité. J'ai besoin de prendre du temps avec les acteurs et les techniciens.»
A l'instar de ses deux autres productions toujours un peu inspirées de ses expériences personnelles, le film parlera d'une «histoire simple avec des personnages très complexes» et mettra en scène une fratrie. «J'adore mettre les protagonistes dans une situation compliquée, mais aussi les en sortir. L'antihéros devient superhéros et les gens peuvent s'y identifier. Il y a, à chaque fois, le refus de se laisser aller», résume-t-elle.
«CELLE QUI RESTE», France 2, Mercredi 4 Mai 2005, 21 heures
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