Lucile et Etienne ont trouvé leur équilibre. Elle travaille comme ouvrière dans une usine, il donne des cours de gym, et ils viennent d'avoir un petit garçon. De temps à autre, ils se font plaisir dans un bar à karaoké, où Lucile aime pousser la chansonnette. Une vie tranquille qui va basculer. Nous entrons tout de suite dans le vif du sujet. Ils apprennent que leur fils est atteint d'une malformation congénitale : il risque d'accumuler les retards mentaux et ne pourra sans doute jamais marcher.
Face au choc de cette annonce, Etienne et Lucile ne réagissent pas de la même façon. Il fuit le problème et accepte sans difficultés de voir son enfant placé en institution. Surmontant sa colère et son sentiment de culpabilité, elle refuse de se séparer de son fils, semble prête à mener le combat, et cherche à comprendre ce qui peut provoquer une malformation congénitale chez un bébé. Rapidement, Lucile fait le lien avec l'environnement dans lequel elle travaille. Toute la journée, elle manipule des produits chimiques sans aucune protection : ni gants, ni masque. Avec un peu de perspicacité, elle va découvrir que ces produits sont des éthers de glycol, dont la dangerosité a été montrée du doigt par un chercheur : ils peuvent provoquer des cancers et des malformations du foetus si la mère y est exposée durant sa grossesse. Au risque de se mettre à dos le patron de l'usine, qui demeure sourd à ses interrogations, Lucile parvient à retrouver d'autres victimes de ces fameux éthers de glycol. Très vite, elle va être confrontée à des intérêts qui la dépassent.
C'est l'histoire d'un double combat que met en scène avec justesse Marian Handwerker. Celui d'un couple face au handicap de son enfant d'abord. Le scénario, très riche, de Catherine Ramberg, aborde toutes les facettes de cette situation. Prenant appui sur une famille de l'entourage de Lucile et Etienne déjà confrontée au problème, il évoque par exemple les retombées du handicap sur la vie des frères et soeurs. Ce film constitue ensuite un dossier à charge contre les risques que l'industrie peut faire courir aux employés au nom de la sacro-sainte rentabilité.
Le réquisitoire se termine d'ailleurs par une information : l'utilisation de certains éthers de glycol est interdite en France depuis 1997 dans les médicaments et les cosmétiques. Mais aucune directive européenne ou nationale n'interdit l'utilisation de ces produits en milieu industriel.
« Lucile et le petit prince », France 3, Samedi 11 juin 2005, 20 h 55.
Source
(www.leguide.be)