IL a fallu presque six ans pour que Renaud Le Bas trouve "la force et l'énergie d'écrire sur le handicap" . Six ans pour accepter que son fils Théo soit un enfant différent des autres. "Avant, j'étais trop aveuglé par la colère et la culpabilité pour faire comprendre ce bouleversement" , reconnaît-il. Comédien et auteur, il a mis son talent d'écriture au service de sa propre histoire, traduisant en mots les souffrances et les difficultés de son couple : des parents face au "retard psychomoteur" de leur petit garçon dont le langage se résume à des "hi, hi, hi" et qui passe des heures à regarder tourner un clown mécanique.
Chaque soir jusqu'au samedi 25 juin, à 21 heures, sur la scène du Théâtre du Renard à Paris, Renaud Le Bas joue Un visible Théo avec Valérie Gabriel, dans le rôle de la mère pour tenter de "changer le regard" sur ces enfants "anormaux" .
Pour aborder le quotidien de parents confrontés au handicap, l'auteur a choisi une unité de temps. Le couple vient de passer sa première journée sans Théo. A 7 ans, il revient de son premier jour d'école "spécialisée" , sa première sortie "en société" , sans ses parents.
Parce qu'ils ont, jusqu'à ce jour, centré toute leur vie sur leur petit garçon, parce qu'ils se sont battus pour qu'il ait comme tous les autres enfants une classe et un enseignant, cette journée devient l'heure du bilan pour ce couple désorienté.
"VIVRE PLEINEMENT"
Renaud Le Bas livre, sans misérabilisme ni angélisme, le retentissement de l'arrivée de l'enfant handicapé sur la vie du couple. "Je me sens hors du temps, je ne sais plus qui je suis" , pleure la mère, tétanisée de devoir reprendre sa vie en main, maintenant que Théo va à l'école. "Tu crois que c'est plus facile pour moi ? Aller au boulot, entendre les autres déblatérer sur les prouesses de leur gosse qui sait compter jusqu'à deux. (...) A chaque fois que je parle de Théo, je sens les visages qui changent, qui se crispent" , hurle le père.
Les parents se libèrent de leur colère, livrent tout ce qu'ils n'ont pas osé se dire depuis tant d'années pour parvenir enfin à faire le deuil de l'enfant "normal" . La mère voudrait inviter des amis pour fêter "comme tout le monde" l'anniversaire de Théo ; le père voudrait faire l'amour avec Claire pour que tous les deux se retrouvent et "essaient juste de penser un peu à autre chose" qu'à leur fils.
Comme tous les parents, ils racontent des histoires à Théo pour l'aider à s'endormir, comme tous les parents, ils s'énervent quand il refuse d'enlever seul ses pantoufles "alors qu'il sait le faire" ou quand il y a "de la flotte partout" après le bain. Parce que, au-delà d'être "parents d'enfant handicapé" , ils sont d'abord des parents tout court qui tentent, simplement, d'élever leur enfant.
A travers cette pièce, le comédien raconte son cheminement, de l'incompréhension à l'acceptation. "Je n'ai aucun plaisir à porter mon fils comme un étendard, je n'ai pas demandé à ce qu'il soit comme cela" , insiste-t-il. Il dit être parvenu à "vivre pleinement, sans renoncement" . Théo a aujourd'hui 10 ans et un petit frère, "normal" , de 3 ans.
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(www.lemonde.fr)