Non-voyante à la suite d'un accident, je tiens pour primordial le fait de sensibiliser l'ensemble de la population à la réalité quotidienne dictée par ce handicap. Ainsi, le 15 septembre dernier, j'ai assisté à l'inauguration de nouveaux outils destinés aux déficients visuels, conçus pour les aider à préparer leurs déplacements, se représenter un territoire, accéder aux principaux lieux touristiques et culturels.
Source : Libération.fr
Non-voyante à la suite d'un accident, je tiens pour primordial le fait de sensibiliser l'ensemble de la population à la réalité quotidienne dictée par ce handicap. Ainsi, le 15 septembre dernier, j'ai assisté à l'inauguration de nouveaux outils destinés aux déficients visuels, conçus pour les aider à préparer leurs déplacements, se représenter un territoire, accéder aux principaux lieux touristiques et culturels.
Parmi ces réalisations, des tables d'orientation, autrement dit des plans en relief et en braille représentant les quartiers qui entourent les stations de métro. Installés Porte-de-Pantin, Porte-de-la-Villette et à Saint-Denis-Basilique, ils feront l'objet d'une étude-test avant que soit envisagée leur extension à tout le réseau du métropolitain.
Or, même si de telles initiatives sont toujours appréciables, il faut savoir que pour un handicapé visuel, la compréhension de plans en relief s'avère très ardue. Car la personne concernée ne touche guère qu'une petite partie du grand plateau en relief. Pour reconstituer l'ensemble d'un circuit par exemple, le handicapé visuel devra faire preuve d'un immense effort de concentration, de représentation mentale et de mémorisation. Et ne pourra pas, seul, deviner que telle bosse signifie «bâtiment», ou «fleuve», ni saisir l'échelle de la carte. La compréhension de schémas en relief est encore plus délicate pour les aveugles de naissance, qui ne peuvent pas (re) construire d'image mentale. Et les personnes ayant perdu la vue n'apprennent pas toujours le braille ou ne s'en servent qu'assez peu. D'un point de vue pratique, les atlas des plans de transports en relief sont de volumineux ouvrages, impossibles à transporter pour se repérer durant ses déplacements.
Et c'est là tout le problème : il faut cesser de se baser sur un référentiel de voyants pour élaborer des outils visant à aider des handicapés visuels.
Le coût de la deuxième phase de ces projets (édition, évaluation et diffusion), s'élève à lui seul à 400 000 euros.
Pour la même somme, j'aurais vraiment préféré que la priorité soit donnée à la mise en place d'annonces vocales indiquant stations et correspondances sur chaque ligne de métro, de RER ou de bus. Les moyens techniques existent, ils fonctionnent déjà sur deux lignes du métro parisien, ainsi que sur diverses lignes de bus... Ne manque que le budget.
Lætitia Pegaz-Fiornet