À l'heure où l'on parle de la prise en charge des handicapés, un petit tour en ville permet de réaliser qu'il est difficile de circuler et pénible de supporter le regard des gens, pas forcément méchant, mais souvent maladroit.
Source : La République du Centre
L'association des paralysés de France vient de lancer une pétition nationale sur la discrimination. Aujourd'hui, Orléans relance l'opération de sensibilisation « Semaine Ville Handicap ». L'occasion de se mettre quelques heures dans la peau de Tony, jeune handicapé moteur de 22 ans qui vit dans un foyer à Orléans. Et de constater.
Direction le tramway que Tony utilise « avec plaisir », explique-t-il. Les quais de la station sont surélevés, en douceur, et la jonction avec la rame bien réalisée. Le fauteuil roulant électrique de Tony s'engage sans problème et les autres usagers s'écartent. « Orléans, c'est une ville pratique, plus aménagée que Blois où je vivais avant », explique notre homme.
Pas de cinéma : « On n'a que des escaliers ! »
Pourquoi ne pas faire un tour au cinéma? Pas possible, « on n'a que des escaliers », lâchent les guichetiers du Sélect. Tant pis. On va se balader, c'est sympa aussi. Et c'est là que l'on se rend compte à quel point le moindre trou oblige Tony à freiner, passer les deux premières roues puis les deux de derrière. Voire à s'engager en arrière. C'est là que l'on réalise aussi que la plupart des boutiques sont précédées d'une marche, voire de deux. « Dans ce cas, j'y vais pas », lâche Tony. Un trottoir haut, et ils sont nombreux, et celui-ci est obligé de rouler sur la route, de rallonger le trajet pour trouver une ouverture.
Sans parler des pavés, « ça secoue ». De l'ascenseur près de la gare, en panne. Ou des distributeurs automatiques de billets. Au premier, Tony se casse le nez : « Trop haut, c'est râpé ! » « Distributeurs accessibles à toutes cartes », peut-on lire sur la vitrine. Oui, mais pas à toutes les personnes visiblement Et le problème, c'est qu'il faudra attendre le sixième DAB pour que la main de Tony puisse enfin atteindre, après pas mal de manoeuvres, la fente dans laquelle on glisse la carte bancaire. Et ce n'est pas le seul exemple. Des détails pour les valides, mais une plaie quotidienne pour les autres.
« Mais je me fais souvent aider, précise Tony, notamment quand je fais mes courses, pour attraper quelque chose dans le rayon. Les gens sont sympas en général. » Sympas, mais la plupart des passants ne peuvent pas s'empêcher de poser un regard lourd, dérangeant, et parfois même insistant, sur Tony qui progresse dans son grand fauteuil. « Oui, les gens regardent toujours la personne en fauteuil roulant, regrette ce dernier.C'est pas encore fini ce truc-là. Quelquefois, ils me regardent comme si j'étais une curiosité. C'est pesant à la longue. Il y a des jours où je m'en fiche, mais d'autres où ça m'énerve. On est handicapés, mais pas pestiférés ! Une fois, dans le tram, une dame et son fils se sont dépêchés d'aller plus loin quand je suis entré dans la rame. Je ne sais pas si c'était parce que je les dérangeais ou pour me mettre à l'aise. Il y a une gêne, ce n'est pas forcément méchant, mais c'est dommage. Je préférerais un sourire. » D'où l'intitulé de la pétition en cours : « Changeons de regard. »
Une semaine d'actions, un livre et une pétition
La ville d'Orléans reconduit donc dès aujourd'hui et jusqu'à vendredi, sa « Semaine Ville Handicap » : conférences, expositions, témoignages, contacts avec les associations ou portes ouvertes rythmeront ces cinq jours. Un programme qui associe également le centre d'aide par le travail d'Artenay, avec un accueil des scolaires et une animation « ferme pédagogique », mercredi.
En parallèle, l'APF, association des paralysés de France vient de publier le livre d'Anne Kerloc'h, « Handicap : Silence, on discrimine » (15€, Le Cherche-Midi).
Et elle a mis en ligne sur son site, www.apf.asso.fr, une pétition, sur le thème :
« Stop à la discrimination, changeons de regard. »
Marie Belhomme