A un mois près, cela fait deux ans que j’ai eu le bonheur de poser la première pierre de la magnifique ferme que nous inaugurons aujourd’hui 1. Deux ans déjà ou deux ans seulement? Sans doute un peu des deux selon le côté où l’on se place…
Les villageois d’Aigues-Vertes ont peut-être le sentiment que cela fait deux ans déjà, parce qu’ils ont suivi la progression de l’ouvrage jour après jour… et qu’ils se réjouissent de pouvoir enfin en profiter. Mais on peut aussi considérer que cela fait deux ans seulement si l’on considère l’étendue des travaux effectués depuis le 28 octobre 2003 pour réaliser cette ferme et ses dépendances.
En regardant le chemin parcouru depuis sa fondation, en 1961, à ce jour, on réalise d’ailleurs mieux à quel point Aigues-Vertes illustre bien l’évolution de la « culture » dans le domaine du handicap.
A l’époque, l’édification d’un village complet destiné à accueillir des personnes handicapées dans un cadre différent a ouvert la voie à une manière - différente, elle aussi - d’envisager leur prise en charge. La nécessaire professionnalisation qui a succédé au travail des pionniers en 1995 a constitué une transition vers une nouvelle conception de nos institutions d’accueil pour les personnes handicapées. Une conception dont les maîtres mots sont intégration, autonomie et valorisation.
L’intégration des personnes handicapées dans la vie de la cité est l’un des principes fondamentaux de la politique de l’Etat en faveur de cette catégorie de la population. Nous en avons d’ailleurs inscrit le principe dans la loi sur l’intégration des personnes handicapées votée il y a deux ans. Et nous mettons tous les jours cette volonté en application, notamment par le biais d’organismes comme le fonds Helios, qui finance des travaux pour faciliter l’accès des bâtiments ouverts au public aux personnes handicapées. Sans oublier le travail fait, dans un autre domaine, avec la fondation Philias pour favoriser l’intégration professionnelle des personnes handicapées.
L’intégration est aussi devenue une question d’âge, puisque la durée de vie des personnes handicapées a sensiblement augmenté depuis quelques années. Or qui dit vieillissement, dit aussi difficultés inhérentes à cet âge, besoins spécifiques et donc adaptation des structures au sens large du terme.
Pour ce qui est de l’autonomie, les villageois d’Aigues-Vertes ont l’opportunité de la développer sur un plan individuel au travers des différents ateliers. Que ce soit au sein de la ferme elle-même ou par le biais d’activités telles que la boulangerie, l’épicerie, l’atelier de tissage, la poterie ou la cuisine, chacun peut progresser en fonction de ses possibilités.
Les produits fabriqués dans ces ateliers - ensuite proposés à la vente sur divers marchés de la Ville de Genève - la présence de quelques villageois dans un tea-room installé à la Terrassière, le marché organisé au cœur d’Aigues-Vertes, toutes ces démarches représentent autant d’opportunités de valorisation des habitants du village. Ces derniers se sentent ainsi – et à juste titre – utiles et considérés.
Et si j’ajoute le bonheur manifeste de ces personnes de vivre dans ce lieu, je me dis que le soutien de l’Etat à une structure telle qu’Aigues-Vertes est un vrai bon investissement, sur tous les plans. Les deux phases de travaux encore agendées contribueront elles aussi à renforcer la capacité d’accueil et de prise en charge d’Aigues-Vertes, confirmant par là même sa place essentielle dans le dispositif genevois en faveur des personnes handicapées.
C’est aussi pour cela que cette institution saura et pourra – j’en suis très profondément convaincu - relever le défi que lancera dès 2007 la répartition de la péréquation financière et des tâches entre la Confédération et les cantons.
Longue vie à Aigues-Vertes et à ses habitants !
Pierre-François Unger Conseiller d’Etat 1 voir FAO du 7 novembre 2003 Discours prononcé le 30 septembre 2005 à Bernex par Monsieur Pierre-François Unger, conseiller d’Etat, en charge du Département de l’action sociale et de la santé, lors de l’inauguration de la ferme d’Aigues-Vertes
Source : http://www.geneve.ch/