Vladimír Špidla
Membre de la Commission européenne, chargé de l'Emploi, des Affaires sociales et de l’Egalité des chances
Disability Day - Journée européenne des personnes handicapées
Disability Day - Journée européenne des personnes handicapées
Bruxelles, le 1er décembre 2005
Mesdames, Messieurs,
Etre parmi vous aujourd’hui n’est pas seulement un devoir de membre de la Commission européenne, chargé de l’emploi, des affaires sociales et de l’égalité des chances. Rencontrer des personnes handicapées, rencontrer ceux qui les représentent, ceux qui les aident et partagent leur quotidien, est toujours une expérience humaine unique pour moi.
Dans les métiers que j’ai exercés sous le régime communiste, puis dans les fonctions officielles que j’ai exercées par la suite en République tchèque, ce sont des rencontres qui m’ont toujours beaucoup apporté.
En tant qu’êtres humains, nous sommes tous fragiles. Cette fragilité est l’essence de la condition humaine. En ce sens, les incapacités temporaires ou permanentes nous rappellent notre condition et l’impérieux besoin d’intégration à la vie sociale pour la dépasser.
Je crois profondément aux vertus du dialogue et à l’importance de s’écouter les uns les autres. Même si je ne pourrai pas rester toute la journée avec vous, comme j’aurais aimé le faire, je ferai de mon mieux pour m’imprégner de vos témoignages et pour utiliser nos échanges comme une source d’inspiration pour mon action future dans ce domaine qui nous concerne tous.
*
* *
Mesdames et Messieurs,
Un Européen en âge de travailler sur six a une forme d’incapacité. Derrière la statistique, il y a des vies et des besoins auxquels les autorités publiques doivent répondre, dans la mesure de leurs moyens.
Des efforts considérables, en termes d’adaptation du droit et d’investissements publics, ont été consentis ces dernières années pour améliorer la situation des personnes handicapées. Ces efforts ne se sont pas relâchés, malgré la situation budgétaire difficile que connaissent un certain nombre d’Etats membres.
Le Fond social européen prend sa part dans cet effort : j’étais récemment dans un centre de formation pour les personnes handicapées, en République tchèque, et j’ai pu voir combien le travail était essentiel à l’intégration des personnes handicapées et mesurer la valeur, l’expérience et la sensibilité que ces dernières pouvaient apporter dans leur environnement professionnel.
Les efforts des personnes handicapées et l’attention des pouvoirs publics portent des résultats : quatre Européens sur dix, avec une incapacité et en âge de travailler, exercent une activité. Cela reste moins que la moyenne : plus de six Européens sur dix participent à l’emploi. Mais l’amélioration est considérable par rapport à la situation qui prévalait il y a trente ans.
Cette Journée européenne renforce la prise de conscience de la nécessité pour l’Europe de bâtir une société inclusive et adaptée à sa diversité. Elle est une étape dans le processus de mise en œuvre du « plan d’action ».
*
* *
Les changements démographiques imposent aujourd’hui à l’Europe de réformer ses politiques sociales.
(1) Notre population en âge de travailler va se réduire très sensiblement dans les années qui viennent. Nous devons donc y répondre en favorisant la participation du plus grand nombre à la vie économique et sociale pour soutenir la croissance et la compétitivité de notre continent.
Nous devons axer les politiques de l’emploi sur la hausse de la participation au marché du travail des catégories qui en ont été parfois écartées, qu’il s’agisse des femmes, des minorités ethniques, des travailleurs dits « âgés », des jeunes, ainsi que des personnes handicapées.
Nous devons donc aussi savoir reconnaître les personnes qui ne peuvent pas retourner vers l’emploi et leur apporter la solidarité dont elles ont besoin. Mais c’est la croissance que nous pourrons ainsi créer qui nous donnera les moyens de notre solidarité et de nos ambitions.
(2) Le vieillissement annonce aussi le développement d’incapacités liées à l’âge et de la grande dépendance qui est une forme de handicap. Potentiellement, la dépendance nous concerne tous. D’ici deux mille trente, le nombre de personnes âgées de plus de quatre-vingts ans doublera, et le nombre de personnes âgées de plus de soixante-cinq ans augmentera de quarante millions.
Face à ces réalités présentes et futures, le « plan d’action pour l’égalité des chances des personnes handicapées » adresse un message clair : nous devons « vivre ensemble », nous devons faire de la diversité un atout pour relever les défis du vieillissement et de la mondialisation.
(3) Nos ambitions dépassent, bien évidemment, le marché de l’emploi : elles s’étendent au cadre de vie d’une manière beaucoup plus général.
L’inclusion et la participation à l’emploi sont liées à la réalisation d’une véritable accessibilité à l’environnement bâti. C’est, d’ailleurs, un préalable à une vraie participation à la vie sociale et économique.
Des progrès ont été réalisés grâce à l’introduction de la notion d’aménagement raisonnable en droit européen.
La période transitoire pour la transposition de cette disposition dans les droits nationaux se termine l’année prochaine. La Cour vient de montrer clairement que les Etats membres doivent progresser dès à présent vers l’objectif de la directive ; ils ne peuvent pas utiliser cette période transitoire pour ne rien faire, ou pour adopter des mesures contraires à l’objectif d’intégration et de non-discrimination.
Nous devons aussi miser sur les technologies qui rendent la vie sociale et économique plus accessible, et qui permettent de former et d’intégrer les personnes handicapées.
Nous devons aussi offrir des services de qualité, bon marché et compatibles avec une pleine participation au marché du travail. La Commission précisera bientôt, dans une Communication relative aux services sociaux et de santé d'intérêt général, comment l’Europe peut stimuler le développement, la modernisation et la qualité de ces services.
(4) Tout cela repose sur l’action de tous, sans laquelle le meilleur cadre législatif restera inefficace.
Il y a quelques jours, la Commission a présenté des « bonnes pratiques » d’entreprises qui ont mis la diversité et l’intégration des personnes handicapées au cœur de leur développement.
Qu’il s’agisse de grandes entreprises de travail intérimaire ou d’édition, elles montrent que, là où il existe une volonté d’avancer, on trouve aussi les moyens d’inventer l’organisation du travail et les emplois qui intègrent toutes les diversités. Elles montrent aussi que l’inclusion n’est pas un luxe ou un coût : c’est un atout commercial, car elles permettent d’attirer de nouveaux consommateurs ou d’embaucher de nouveaux talents.
J’espère que les Etats membres en tiendront compte lorsqu’ils mettent en œuvre la stratégie européenne pour la croissance et l’emploi. Ce sont, en effet, eux qui devront adopter des mesures concrètes pour bâtir un marché du travail inclusif et accroître la participation à l’emploi.
Le Fonds social européen continuera d’apporter son soutien à ces politiques. Selon les propositions de la Commission sur les « nouvelles perspectives financières », le Fonds social devra appuyer les démarches innovantes et soutenir l’intégration des personnes handicapées sur le marché du travail.
L’inclusion doit être une politique sociale moderne, qui accompagne les changements de la société et de l’économie. Pour ce faire, elle doit privilégier la qualité des emplois et reposer sur le partenariat. Ces partenariats impliquent toutes les parties prenantes : employeurs, ONGs, pouvoirs publics et partenaires sociaux. C’est de leur dialogue que sortiront les solutions d’avenir.
Les partenaires sociaux européens ont adopté il y a près de trois ans une déclaration conjointe sur le développement des possibilités d’emploi des personnes handicapées. Cette déclaration doit maintenant être suivie d’effet et relayée à tous les niveaux, jusqu’à celui des entreprises.
J’espère que cette Journée européenne contribuera à convaincre que « vivre ensemble » n’est pas un slogan, mais un investissement dans l’avenir - parce que l’inclusion permet de relever les défis de la démographie et de la diversité accrue de nos sociétés ; parce qu’elle permet de promouvoir l’égalité des chances pour tous, et donc de consolider nos valeurs européennes communes.
Je vous remercie.
Source : http://europa.eu.int/