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27 Janvier 2006 | Imprimer cet article | Envoyer à un ami
Emploi : M. Borloo parie sur les services à la personne

  Deux heures par foyer et par semaine, c'est 2 millions d'emplois" : Jean-Louis Borloo peaufine, pour le 1er février, le lancement du plan emploi bis du gouvernement. Peut-être parce qu'il y croit davantage qu'à celui annoncé, le 16 janvier, par Dominique de Villepin, le ministre de la cohésion sociale n'a pas cité une seule fois, lors de ses voeux à la presse, mardi 17 janvier, le contrat première embauche pour les jeunes de moins de 26 ans créé par le premier ministre.    

Son "plan B", dont il avait longuement parlé le 23 septembre 2004 sur France 2, M. Borloo dit l'avoir conçu "sans que Bercy et Matignon en mesurent l'impact social et... budgétaire". Mais c'est grâce à lui que le ministre sourit aujourd'hui quand on lui demande si le taux de chômage sera inférieur à 9 % à la fin de 2006.

Cette arme secrète s'appelle les "nouveaux services à la personne". La liste des services éligibles, établie par le décret du 29 décembre 2005, est longue : les femmes de ménage, les jardiniers, les baby-sitters, la préparation des repas, l'aide à domicile des personnes âgées, les travaux de bricolage, la maintenance informatique, le soutien scolaire, la collecte et la livraison de linge, l'arrosage des fleurs, la promenade des chiens... pour 8 à 10 euros net de l'heure.

Pour s'offrir ces services, les Français auront à leur disposition, d'ici à quelques jours, un nouveau titre de paiement, le chèque emploi-service universel (CESU), qui offre plus d'avantages que l'ancien chèque emploi-service. Comme ce dernier, le CESU ouvrira droit à un crédit d'impôt de 50 % des prestations payées (dans la limite de 15 000 euros par an), qui vient en déduction de l'impôt sur le revenu.

Le CESU pourra être financé, en tout ou partie, par les entreprises, comme les chèques-déjeuners. Cette subvention sera complètement exonérée de charges sociales pour l'entreprise et de l'impôt sur le revenu pour le salarié qui en bénéficie, dans la limite annuelle de 1 830 euros par salarié. L'entreprise bénéficiera d'un crédit d'impôt sur les sociétés égal à 25 % du montant qu'elle aura abondé, dans la limite de 500 000 euros par exercice. M. Borloo estime que les entreprises ont "tout intérêt à participer au financement des chèques emploi-service universel pour faciliter la vie de leurs salariés".

En face, l'offre de services devrait exploser. Alors que, jusqu'à présent, les particuliers devaient souvent trouver eux-mêmes leurs employés, de grandes sociétés de services vont mettre à leur disposition toute une gamme de prestations accessibles sur un simple coup de fil : il suffira d'appeler des plates-formes téléphoniques pour commander, par exemple, deux heures de ménage par semaine ou une heure de dépannage informatique.

Ces sociétés de services bénéficieront, une fois homologuées, d'un avantage de taille : elles seront totalement exonérées de charges patronales, alors que le particulier qui embauchera directement sa femme de ménage ne bénéficiera que d'un allégement de 15 points de ses charges patronales.

Les grands groupes de services ou de l'économie sociale ont flairé l'aubaine : Accor, les caisses d'épargne, la Macif préparent leur offensive marketing. Axa rachèterait actuellement 40 à 50 petites sociétés par semaine. Fort de ces nouvelles offres, Laurent Hénart, le président de l'Agence nationale des services à la personne, table sur "un doublement du rythme de croissance du secteur, soit 10 % par an et 500 000 emplois supplémentaires en trois ans". "J'ai légalisé le travail au noir et un nouveau modèle d'économie sans charge", s'enthousiasme M. Borloo. Il se targue d'avoir joué un "tour" au ministère de l'économie, et à sa cohorte d'inspecteurs des finances. "Ils n'ont rien compris à mon usine à gaz et maintenant tout est parti, voté, signé", explique-t-il.

Si le succès est au rendez-vous, le ministère de l'économie, qui compense les allégements de charges, aura du souci à se faire. Il n'a budgété que 170 millions d'euros en 2006, alors que les travaux préparatoires du plan de cohésion sociale tablaient sur 500 à 600 millions d'euros par an en année pleine (exonérations de charges et crédit d'impôt sur les sociétés).

M. Borloo ne fait rien pour les rassurer : "Personne n'a mesuré le potentiel de ce nouveau moyen de paiement, sauf la Banque de France qui a décidé de créer un observatoire pour cette nouvelle monnaie", se réjouit-il. "Je suis un faux-monnayeur", confiait le ministre le 10 janvier.

Christophe Jakubyszyn Article paru dans l'édition du 22.01.06   Source : http://www.lemonde.fr/

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