FAITS-DIVERS
La difficile prise en charge des autistes
Accusée d’avoir maltraité un adolescent difficile et une jeune autiste qu’elle accueillait chez elle, au Port, une quinquagénaire a été relaxée hier
Clicanoo Ile de la Réunion
FAITS-DIVERS
La difficile prise en charge des autistes
Accusée d’avoir maltraité un adolescent difficile et une jeune autiste qu’elle accueillait chez elle, au Port, une quinquagénaire a été relaxée hier
[1er février 2006]
Des “douches” au jet d’eau, dans la cour, des coups, l’obligation de rester plusieurs heures sur le pot... Les faits étudiés hier par le tribunal correctionnel de Saint-Denis étaient particulièrement pénibles, d’autant qu’ils auraient été commis entre 1986 et 2005 sur des personnes vulnérables, en l’occurrence un adolescent difficile et une jeune adulte autiste. Une assistante maternelle portoise de 54 ans comparaissait pour ces faits après avoir été dénoncée par des voisins et son ex-mari. “Il y a une certaine concordance des témoignages contre vous”, a remarqué le vice-procureur Dominique Auter. “C’est de la jalousie, de la méchanceté”, s’est défendue la prévenue, soutenue par son avocate, Me Fernande Anilha, qui a rappelé que les dénonciateurs, tous “du même clan”, avaient des raisons personnelles d’en vouloir à sa cliente. “Je n’ai jamais tapé les enfants. Ils ne comprendraient pas. Il faut tout le temps répéter calmement, répéter, répéter...”, a assuré la quinquagénaire. Quant à la “douche” avec un tuyau dans la cour, c’était pour “enlever le plus gros”, lorsque la jeune femme faisait ses besoins dans la culotte, avant d’achever la toilette dans la salle de bains.
“Il faut beaucoup de courage”
Les avocats des parties civiles (l’association la Croix marine et le conseil général qui avaient placé la jeune femme et l’adolescent) n’ont pas cru à la version idyllique, “à la Walt Disney”, donnée par la prévenue. Pour eux, il n’est pas possible que cette femme n’ait jamais, ne serait-ce qu’une fois, levé la main sur les jeunes dont elle avait la charge. D’où une présomption de mauvaise foi dans ses propos. Pour le représentant du parquet, “l’autisme, ce n’est pas le film Rain Man avec Dustin Hoffmann et Tom Cruise”. Et lui non plus n’a pas exclu la possibilité de quelques gifles données sous le coup de l’exaspération. Pourtant, Dominique Auter a reconnu qu’il avait “du mal à se forger une conviction. La société est tellement contente de trouver des familles d’accueil qui acceptent de prendre ces enfants en charge. La matraitance n’est pas caractérisée, il n’y a rien de concret”, a admis le parquet qui n’a pas requis de condamnation. Dans le même sens, Me Anilha a rappelé qu’il n’y avait “aucun signe de maltraitance, ni physique, ni psychique, relevé par le médecin traitant”. Mais à travers ce procès, c’est la problématique de la prise en charge des personnes lourdement handicapées qui a été évoquée. Dans un témoignage poignant, une mère d’enfant autiste, qui avait été accueilli par la prévenue, a expliqué le calvaire enduré pendant des années. Devant une salle émue, elle a raconté la violence, les automutilations, les cris durant des heures, et au final son épuisement complet qui a failli lui faire commettre l’irréparable... Pour cette mère, les cris entendus par les voisins ou le fait qu’un autiste reste des heures aux toilettes ne sont absolument pas la preuve de maltraitance. “Il faut beaucoup de courage pour prendre en charge ces enfants-là”, a insisté cette mère en rappelant le manque de structures d’accueil. En toute logique, la prévenue a été relaxée et les parties civiles ont été déboutées.
Damien Valette
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