François Vellas, professeur d’université à Toulouse et coordonnateur des programmes Tourisme éthique et développement (Ted) au Groupe développement, nous parle du séminaire qu’il a animé cette semaine.
Quel est le but du séminaire du Groupe développement intitulé « Tourisme et réduction de la pauvreté : l’aide aux travailleurs handicapés » que vous venez d’animer cette semaine ?
L’objectif est de voir comment faire bénéficier les populations les plus pauvres et les personnes handicapées du tourisme. Si le tourisme est un secteur d’avenir, c’est aussi un domaine où les retombées économiques sont aujourd’hui très inégalement réparties, et ce, pour des raisons d’infrastructures et d’investissements.
Pour cette raison, le Groupe développement, aux côtés d’autres ONG et organisations internationales, a mis en place un programme spécifique destiné à favoriser les actions en faveur de la réduction de la pauvreté par le tourisme. Ces actions sont basées sur une collaboration étroite avec les entreprises et les professionnels du secteur touristique et hôtelier.
Quelles activités peuvent être four-nies par l’ensemble des personnes handicapées vis-à-vis des besoins du secteur touristique ?
Les personnes handicapées doivent pouvoir bénéficier des retombées économiques du tourisme. Pour cela, il est impératif que les produits artisanaux qui sont fabriqués soient des produits qui répondent aux besoins des touristes et constituent un revenu pour ces travailleurs.
Le but de ce séminaire est de déterminer comment faire se rejoindre ces deux objectifs. Concrètement, nous avons des produits d’accueil, par exemple, des boîtes à bijoux, des coupe-papier, des produits faciles à transporter. Puis il y a des produits modernes, c’est pour cela qu’on a parlé de design et de renouvellement des produits. En mettant en contact les hôteliers, l’école de design et d’autres instances, nous allons voir comment améliorer ces produits. On peut miser aussi sur l’animation et l’entretien d’un espace vert dans l’hôtel. Au Togo, il y a des troupes de non-voyants qui ont des contrats avec des hôtels pour l’animation.
Quelle est votre appréciation de la qualité et de la diversité des produits artisanaux offerts aux touristes ?
Du point de vue international, il y a beaucoup de travail à faire. Il y a un problème de dimension. Les objets sont trop volumineux et pas facilement transportables. Il y a aussi un problème de qualité. C’est pour cela qu’il est fondamental d’avoir des programmes de formation et d’éducation adaptés qui permettront aux entreprises touristiques de créer des emplois en faveur des plus pauvres et des personnes handicapées.
Mais le bilan n’est pas tout à fait négatif, vous avez pu le constater grâce à l’exposition de produits artisanaux qui sont offerts dans les boutiques de l’hôtel Victoria. On peut donc trouver des produits qui correspondent aux besoins des touristes.
Mais il y a encore de gros efforts à consentir pour rendre les produits attractifs. Comment faire pour y parvenir ?
Il faut rendre ces produits modernes, valoriser le savoir-faire traditionnel, promouvoir la créativité, et avoir des lignes de produits. Prenons par exemple, les épices ou le thé qu’on peut conditionner de différentes manières.
Il faut aussi penser à lancer des collections, par exemple, choisir chaque année une couleur, un thème pour un produit. Il faut créer des produits de mode, un exemple : les sacs Vuitton. Ils sont copiés certes, mais chaque année il y a de nouvelles collections. C’est ce qui va contribuer à l’expansion du secteur. C’est là-dessus que nous travaillons avec l’IVTB. Je crois que vous commencez à comprendre l’importance de cet aspect.
Pensez-vous que la création d’un label mauricien soit dans le domaine du possible ?
C’est quelque chose qu’il faudra faire bien que ce ne soit pas si facile que cela à bâtir. Il est vrai que Maurice possède un patrimoine extraordinaire mais pour qu’il y ait un label reconnu internationalement tant pour la qualité que le contenu, il faut qu’un groupe de réflexion s’y mette sérieusement.
On a parlé durant ce séminaire du concept « un village, un produit » qui a été développé en Thaïlande. Peut-on le reproduire ici ?
Maurice étant un petit pays, c’est plus facile à bâtir ici que dans un pays comme la Thaïlande. Il s’agit, par exemple, de mettre en valeur un site touristique comme une cascade dans un village. Le touriste s’y rendra justement parce qu’il s’attend à l’y trouver.
Cela veut dire que toute la population est concernée par le tourisme, mais il ne faut pas faire n’importe quoi. Il ne faut pas que ce soit un slogan mais une forme de réalité qui contribuera alors au tourisme durable.
Propos recueillis par B. B.
Source : http://www.lexpress.mu/