L’Agefiph a annoncé le 30 mai le lancement de son programme Handicompétence qui prévoit d’investir 60 millions d’euros supplémentaires pendant 2 ans sur des actions visant à favoriser les formations des personnes handicapés sur des métiers porteurs en misant sur l’apprentissage. Pierre Blanc, directeur général adjoint de l’association revient sur la responsabilité des employeurs qui doivent avant tout anticiper le recrutement en accompagnant notamment des actions de formations.
Le financement de l’Agefiph repose sur les contributions des entreprises qui ne dépassent pas le seuil de 6% de travailleurs handicapés. Cette contribution augmente pour atteindre 422 millions d’€ collectés en 2005 (hausse de 4%). Ce mode de financement incite t-il les entreprises à s'impliquer directement sur l’insertion des travailleurs handicapés ?
Pierre Blanc : Je tiens d’abord à préciser que la cotisation que verse une entreprise à l’Agefiph est une façon de répondre à son obligation d’emploi. Pour autant, il n’est pas satisfaisant que 25% des entreprises de plus de 20 salariés ne mènent strictement aucune action en faveur de l’insertion des personnes handicapées. Ce taux diminue certes de 1% par an mais la prise de conscience devient urgente. La loi du 11 février 2005 a prévu que les entreprises qui n’auront engagé aucune action dans les 3 ans à venir vont voir leur contribution passer à l’équivalent de 1500 fois le SMIC horaire par travailleur handicapé non employé. Ce sont principalement les PME qui sont concernées. Il faut tout de même préciser que 50% des entreprises atteignent le quota de 6% de travailleurs handicapés.
La loi du 11 février 2005 , baptisée "loi handicap", oblige les grandes entreprises à négocier chaque année avec les organisations syndicales des modalités d’insertion des personnes handicapées. Quels sont les autres leviers de responsabilisation dont dispose l’entreprise ?
Pierre Blanc : les grandes entreprises ont la possibilité de signer des accords qui définissent l’ensemble des actions qu’elles entendent conduire pendant 3 ans pour favoriser l’insertion professionnelle et le maintien dans l’emploi des personnes handicapées. Une centaine de ces accords ont d’ores et déjà été agréés par l’Etat. Les entreprises concernées ne versent alors plus une contribution financière à l’Agefiph mais gèrent directement l’équivalent de cette enveloppe pour conduire les plans d’actions prévus par les accords.
Certains estiment que beaucoup des accords d’entreprise en faveur de l’insertion des personnes handicapés ne sont pas suffisamment ambitieux sur le volet du recrutement. Comment expliquez-vous cette frilosité ?
Pierre Blanc : l’insertion des personnes handicapées sous entend un véritable savoir faire que beaucoup d’entreprises n’ont pas. Même les grandes. Il y a donc un besoin de conseil extérieur pour assurer un transfert progressif des connaissances. Nous proposons aux entreprises des diagnostics et un accompagnement qui vise à mettre en place une véritable politique d'emploi. Ces programmes d'aide baptisés "Convention politique d'emploi" se déroulent sur 2 ans et sont renouvelables une fois. Une quarantaine de conventions sont actuellement actives. La mise en place d'une convention en amont de la signature d'un accord pour l'insertion des travailleurs handicapés est la meilleure façon pour une entreprise de s'engager sur des plans de recrutement significatifs. Dans la pratique, une trentaine d'entreprises utilisent une convention politique d'emploi avant de signer un accord d'entreprise. Le diagnostic permet de positionner les entreprises sur des objectifs de recrutement qui ne soient pas sous évalués mais pas non plus impossibles à tenir. Les grandes entreprises emploient 40% des salariés handicapés. Elles montrent l’exemple.
En amont du recrutement vous soulignez l'importance de la formation. C'est d'ailleurs le sens du programme Handicompétence que vous venez d'annoncer. Là aussi les entreprises ont un rôle à jouer en s'impliquant dans la formation de personnes handicapées.
Pierre Blanc : 25% du budget de l'Agefiph finance déjà des actions de formation. Le programme Handicompétence que nous lançons vise à renforcer cette action en investissant 60 millions d'euros supplémentaires pendant 2 ans sur des actions de formation principalement orientées sur des remises à niveau préalables et le développement de l'alternance sur des secteurs porteurs comme le sont les métiers du tertiaire. En 2005, 6500 personnes handicapées se sont ainsi formées dans l'entreprise soit le double qu'en 2000. La sous qualification des personnes handicapées explique en partie les difficultés qu'éprouvent les entreprises à les recruter. C'est donc, là encore, en amont que les entreprises peuvent agir. Les personnes handicapées compétentes existent potentiellement, il convient "juste" de les former. Il est essentiel que les employeurs se placent en amont de la phase du recrutement. Cette nécessité d'anticiper est tout aussi valable pour les personnes handicapées qui se trouvent déjà en poste. Ils sont en effet plus âgés que la moyenne des effectifs. Il faut donc se préparer à leurs départs en mettant en place une gestion prévisionnelle des emplois des personnes handicapées au risque de voir le taux d'emploi baisser.
Propos recueillis par Rodolphe Helderlé
Mis en ligne le :
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31/05/2006
L'AGEFIPH DRESSE SON BILAN
Alors que le taux de chômage des personnes handicapées est de 20%, toutes les entreprises de plus de 20 salariés sont soumises à un devoir d'insertion. L'Agefiph calcul les taux d'emploi en fonction de leurs efforts de recrutement (en CDI, CDD, Intérim), de formation (stage, apprentissage, contrat de professionnalisation) et des volumes de prestations sous-traitées auprès de CAT (Centre d'Aide par le Travail). Plus ce taux est éloigné du quota des 6% et plus l'employeur verse une contribution significative à l'Agefiph. En 2005, l'Agefiph a financé 78 300 aides à l'insertion et au maintien dans l'emploi, 121 100 aides à la préparation et à la formation et enfin 27 300 aides spécifiques visant à compenser le handicap. Autant d'actions financées par les 405 millions d'euros collectés en 2004. En 2005, le réseau Cap Emploi financé par l'Agefiph a permis le retour à l'emploi de 46 000 personnes handicapées. Moins de 50% de ces salariés ont été recrutés en CDI ou sur des CDD d'une durée supérieure à 12 mois. 68% de ceux qui ont suivi une formation trouvent un poste dans les 6 mois. En 2005, les actions de formation ont baissé de 20%. Les désorganisations consécutives à la décentralisation des actions de formation en régions expliquent en partie cette baisse.
Source : http://www.novethic.fr/